– LÉGENDES LOCALES –

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– TEXTES –

Paris Extrême /

Paris c’est la magie d’un soir, un conte de fée sans histoire, comme une image people, un porno social.
Comme un arlequin sur une échelle, qui fixe la lune sur la tour Eiffel et cache le soleil au milieu des étoiles.
Paris c’est la croisette des blasés, un carnaval de festivaliers, comme les clients d’un camion de passe, comme une pute au talent sans talon qui te pompe ton pognon et te botte le cul avec une certaine classe.

Paris pas net, Paris urgence, Paris sunset et Paris danse, Paris voilée, Paris Migraine, Paris Blessé, Paris pas d’veine, Paris milite, Paris pas con, Paris s’excite, Paris fripon, Paris sommaire, Paris des princes, Paris amer, Paris Province. 

Paris c’est l’temps d’après qui parle du temps passé comme un cimetière de souv’nirs, comme une montre molle, avec ses aiguilles folles que l’on cherche en vain à ret’nir.
Paris c’est la misère en capitale. Ça pue la mort commerciale, comme un poème de rien, comme une bohème en silence, dans une geôle d’évidences et le pouvoir entre les mains.

Paris prison, Paris centrale, Paris passion, Paris Cristal, Paris en tête, Paris au cul, Paris en fête, Paris samu, Paris c’est grand, Paris combien, Paris dans l’vent , Paris sans fin, Paris en grève, Paris à l’heure, Paris de rêve, Paris bonheur. 
Paris c’est une goutte d’or sur la faïence, qui s’effrite en permanence, comme un amour en pleure, comme une madeleine en poudre. Quelques pépins à moudre qu’on malaxe en douleur.
Paris c’est Neuilly à la porte des pantins, à la périphérie des riches et des clandestins, comme la misère justifiant sa place avec ses tentes de fortune au milieu des buildings.
Et ses Champs Elysées toujours blindés, hivers comme étés, pour qu’un jour ou l’autre, toi et moi on se croise en surface.

Paris meetic, Paris trottoir, Paris physique, Paris clochards, Paris demain, Paris présent, Paris des saints, Paris des sans, Paris baguette, Paris troquet, Paris paillettes, Paris bien fait, Paris comptoir, Paris défonce, Paris victoire, Paris j’annonce, Paris te bouscule, Paris t’éclate, Paris t’encule, Paris l’éclate, Paris Paris, Paris toujours, Paris la chance, Paris chaque jour, Paris Sauvage, Paris Pigalle, Paris barrage, Paris que dalle, Paris en cash, Paris Jamais, Paris cache-cache, Paris forcé ! 
Paris la France, Paris mon cœur, Paris défense, Paris ta sœur, Paris en flamme, Paris amour, Paris Madame, Paris en cours, Paris bling Bling, Paris poubelles, Paris tuning Paris la belle, Paris te baise, Paris s’en branle, Paris te pèse, Paris t’étrangle. 

Notre Combat /

Ton corps s’épuise, ton esprit se meurt. Ton cœur cherche un second souffle au-dessus d’mes fleurs. Le long de tes nuits, quand mes rêves luttent pour combattre le vacarme de ton insomnie. Pour te voir vivre encore, vivre chaque seconde, chaque minute de mes nuits
Réveille-toi, c’est moi. Je n’sait plus combien de temps ? Je n’dors plus en ce moment. Je pense à nous, à toi. On se voit, tous les jours.

On combat. 

Je sais la maladie, celle qui te ronge au hasard, celle qui tapisse dans l’ombre les exceptions. Le sens devient évidence et l’évidence barbare. Ta douleur s’impatiente ? Elle a faim. Trajectoire cohérente d’une tumeur sans fin.
Le long de tes nuis, j’espère, je rêve, je crève et je revis, Le long de mes nuits je pleure, je vomis, tout le mal que ton corps garde en lui.
Et quand l’évidence reprend le sens du hasard, quand ton absence danse sur le fil du rasoir, nous faucherons la mort, nous vaincrons l’histoire.

Notre combat. 

Et s’il ne reste que toi, crachant du sang et des merveilles, je te serrerai dans mes bras, prouvant que nous sommes éternels.

Écoute /

Écoute, le silence est d’or aux alentours.
La page se tourne, encore. Abus de trop, appels aux secours chargés d’évidences dans le décor. Chaque matin que ton boulot fait et chaque fois que ton envie s’insurge, tu restes immobile face à ton pallier, quelques secondes avant ta murge.

Écoute, entends-moi, écoute, réveille-toi…

Les souvenirs caressent ton cerveau jusqu’à s’abattre tout contre toi, écrasant les roses sur ta peau, réveillant la douleur qui est en moi ! C’est comme une aiguille à l’entrée d’tes veines, une piqûre d’enfance qui t’aspire, te réveille.
Le plus dure est la fuite, le plus dur, c’est pour toi. Tu le sais, toi le roi de l’esquive, du bla bla bla !

Entends-moi, écoute, réveille-toi… 

Écoute et ferme les yeux, personne ne sait, tout le monde ignore. C’est tellement plus simple de t’croire heureux, quand les démons te travaillent au corps.
On va pas s’la faire à l’envers, on galère souvent à l’endroit. J’essaye de t’parler comme à un frère, le flingue braqué sur toi.
Ton souffle s’accélère, tes veines respirent la vie. Le silence se perd dans ton cerveau au ralenti. Ferme les yeux et appuie, on va pas s’la raconter. Ferme les yeux et appuie, histoire de tout recommencer. Les pages se tournent, la vie ne s’arrête pas.
J’essaye de t’en parler, mais tu n’m’entends pas. Tu t’es cru dans un jeu, une fantaisie. Regarde, je ferme les yeux … J’appuie.

Entends-moi, écoute, réveille-toi… 

Talulah Blue Part I /

Jimmy Boy à 30 ans, il habite Méricourt city. C’est un gars plutôt grand, droit comme un « i » ! Souvent après ses affaires finies, il fait la tournée des bars, avec son pote Billy, même si Jimmy vit l’amour à crédit devant le zinc éclaté du Derby.
Il a le béguin pour Talulah Blue. 25 ans, brune la peau couverte de tatous. À Méricourt city, elle est serveuse, mais elle se rêve en star ou chanteuse… Au bar, tout le monde la drague à coup de billets verts. Elle s’en amuse, et quand ça dérape elle en parle à Smicer. Smicer, c’est l’patron. Les jours de match, faut pas l’emmerder. De toute manière, quand ça déborde, Jimmy boy est là pour les calmer.

Laisse couler Jimmy, laisse… 

En ce mercredi de ligue, Il n’est pas le seul sur l’affaire. Talu le sait, car Titus Balde vient d’entrer. Pas la peine d’essayer, Balde c’est le gros balaise du quartier. Avec lui dans le bar, personne ne bronche, personne ne ramène sa tronche. Lui aussi en pince pour Talu. Même si c’est pas l’genre de mec pour la Blue. Elle a toujours refusé ses avances. Jimmy le sait, il a envie de tenter sa chance. Pendant qu’le bar cuve la défaite, l’ambiance laisse place au silence. Un p’tit gars de Panam se fait servir un p’tit blanc. Il le boit cul sec devant l’assistance. Le genre de producteur foireux aux univers guimauves, le genre de beaux gosses aux histoires à l’eau de rose. Jimmy et Titus flairent le sale coup quand l’gazier commence à charmer la Blue. Balde se sent chaud, embrouille le mec … à coups d’genou ! Talu gueule derrière son bar et traite Titus de sale connard. Jimmy veut entrer dans l’histoire et provoque Titus au comptoir. Le gazier hors-jeu, Smicer leur demande de sortir. Sur la Puncher Street, Jimmy est prêt à en finir, à jouer les martyres.
L’instant est décisif, ils se combattent du regard. Titus frappe, Talu s’casse. Il cogne, elle … passe. Boy a terre, le regard impuissant, quand les poings font parler le sang.
Le char 75 démarre. Talu en passagère laisse tomber son blavard blanc.

Laisse couler Jimmy.

Talulah Blue Part II /

Cap de bonne espérance, départementale 62. À bord du
char 75, Talu met les voiles, cheveux au vent, cigarette au bec, musique à fond, l’air satisfaite.
La voiture a quitté le derby juste après le coup de grisou. Talu a pris un tournant avec son beau brun au volant. Elle a envie de friandises et pense avoir fait le plus dur, comblée par sa gourmandise qu’elle a eue à l’usure. Le gazier tranquille, les échanges sont rares, son bâton de réglisse entre les dents.

Elle joue la fille de l’air … Cependant … 
À la vitesse foudroyante de l’excès, 
elle joue à se brûler les ailes, sans jamais se donner, 
elle joue la fille rebelle, le mâle potentiel, 
à se brûler les ailes, à jouer son va-tout, elle joue.

Son plan été bien ficelé. Sortir Smicer était un jeu d’enfants. Tout était parfait, prémédité, pour tirer sa révérence. Serveuse, c’est de n’pas trop en donner, ou juste assez pour les mettre en carence. Elle n’a jamais eu un mot de travers, toujours le sourire travailleur, l’affichage de confiance.

Elle joue la fille de l’air … Cependant … 
À la vitesse foudroyante de l’excès, 
elle joue à se brûler les ailes, sans jamais se donner, 
elle joue la fille rebelle, le mâle potentiel, 
à se brûler les ailes, à jouer son va-tout, elle joue. 

Le pilote au garde à vous, Talu se laisse aller, les poches bien remplies, la conviction du travail bien fait. Derrière elle, les cœurs brisés.
Sans larme, ni regret, elle a manipulé Jimmy, histoire de sortir le taulier, faire diversion, taper la tireuse, jouer la Bovary de l’exception, insouciante allumeuse. À vouloir le premier rôle, à jouer son propre rôle, la p’tite catin a la côte de 3 contre 1. Un match à sens unique, un Derby piège, physique. Face aux goaleadore du comptoir, Talulah joue serrée. La comédienne sait ce qu’elle fait. Pas de mélodrame sans pourboire, un braquage parfait sans état d’âme.

Elle joue.